Istanbul: Virée insolite aux îles aux princes

Celles que l’on appelle les îles aux princes sont beaucoup plus  que des îles sur lesquelles on va,  pour faire un tour en calèche comme des enfants feraient un tour de manège. Partir en excursion aux  îles aux princes ressemble plus à une croisière initiatique qu’à  une excursion touristique de tours opérateurs…  Le jeu est d’aller d’île en île à la découverte des cultures qui les ont habitées, des minorités qui les ont nourries, et qui leur ont donné cette force de caractère qu’elles ont aujourd’hui. Elles sont belles, riches, charmantes, naturelles et insolites, émouvantes,  et nous replongent dans notre propre histoire. Cette traversée de huit mille marins en bateau  « vapur »  pour les rejoindre depuis Istanbul, est à la fois un retour à l’époque byzantine, un voyage parmi les peuples de la méditerranée et la découverte d’une Turquie contemporaine méconnue. C’est la garantie d’une journée pleine de surprises,   et d’un dépaysement auquel on ne s’attendait pas. Une véritable aventure  émotionnelle !

    

QUAND ÎLES RIME AVEC EXILS

Si, il y a près de deux millénaires, ces îles étaient la terre d’exil  des princesses et princes qu’il fallait écarter du pouvoir de Byzance, la plus grande d’entre elles se souvient encore du passage de Trotski dans son exil pour le Mexique,  comme Guernesey se souvient de Victor Hugo et Sainte Hélène de Napoléon. Exil rime avec Iles,  et les nôtres, en  mer de Marmara,  ne font pas exception à la règle, mais elles  riment aussi avec minorités, celles qui vont faire les beaux jours de cet archipel.
Après la prise de Constantinople par les turcs, les neuf îles sont restées plusieurs siècles, tel  le  mont Athos,  le siège de monastères, foyers spirituels des moines grecs orthodoxes, et ne verront leur développement qu’au milieu du XIXe siècle.

LA MODE DES ÎLES, LE MUST DE LA BOURGEOISIE OTTOMANE

C’est lorsqu’une compagnie de navigation Britannique aura l’idée de créer une ligne maritime entre Istanbul et l’archipel, que va se développer l’attrait des riches istanbuliotes pour ces îles enchanteresses. Turcs ottomans fortunés, riches familles Roums  (Grecs byzantins et d’Asie Mineure) Arméniens, juifs et  levantins,  vont petit à petit faire de ces îles leurs résidences d’été, ce qu’elles sont encore aujourd’hui.

Les plus grands architectes ottomans comme Alexandre Vallaury et Européens,  seront appelés à construire pour cette bourgeoisie ottomane d’Istanbul, des résidences de prestige, de magnifiques maisons en bois, dans un style baroque souvent influencé par l’Europe, et notamment par  l’architecture bourgeoise italienne de la côte amalfitaine. On importe des matériaux d’un peu partout, le bois des forêts de Roumanie, les tuiles de Marseille, et tout ce qui est à la mode. Si en hiver, les journées courtes  ne permettent que la visite de deux îles, nous pourrons en été, en voir trois. Leur spécificité, hors architecture et  édifices religieux, est surtout liée aux populations qui les ont fait vivre au cours des dix-neuf et vingtième siècle et dont une partie  y vit encore aujourd’hui.

   

PETITS PARADIS DES MINORITÉS

Les magnifiques propriétés de bois du XIXe siècle, mais aussi les constructions luxueuses plus récentes, la nature protégée, l’absence de voitures, l’atmosphère bohème et décalée font de ces îles où on se déplace à vélo, en calèche ou sur des scooters électriques, un petit paradis proche  d’Istanbul. On compte 25 000  Habitants en hiver pour  500 000 en été.  Kinali La plus petite, est l’ile des Arméniens, peu peuplée l’hiver, mais l’été les familles disséminées autour du monde s’y retrouvent, de telle sorte que l’on y entend parler toutes les langues. Büyükada La plus grande  est plutôt celle de l’aristocratie turque, des communautés intellectuelles et artistiques, même si Grecs, Juifs et Arméniens y vivent également. On peut y voir  un ancien orphelinat grec, considéré comme le plus grand bâtiment en bois d’Europe.  Burgaz est également multi communautaire, habitée par des Arméniens et des Assyriens. L’ancienne école de théologie, rattachée au patriarcat œcuménique d’Istanbul, est toujours  abritée par l’église Saint-Georges. L’île a été désignée par l’UNESCO  “île de la paix et de l’amitié”.  Quant à Heybili, elle fut jusque dans les années soixante une véritable forteresse des Roums, les Grecs d’Istanbul et reste aujourd’hui l’île la plus grecque des îles aux princes, sa cuisine raffinée et ses mézès sont d’ailleurs là pour nous le rappeler !

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